Wikimédia, l’autre géant de l’Internet

Lorsqu’on parle de géants de l’internet, on évoque encore et toujours les mêmes acteurs. Reconnus par leur puissance économique, Google, Facebook, Amazon, Ebay, et autres, sont des exemples d’entreprises qui ont compris l’attente des utilisateurs pour devenir incontournables. Toutes ces entreprises ont mis en exergue les démarches communautaires, d’échange et de participation entre usagers, et ont su les tirer à leur avantage.  Pourtant, il existe un autre géant que les économistes ne citent jamais. Ce géant possède pourtant 1 million de comptes actifs et bénéficie de plus de 15000 contributions par mois. Ce géant gère surtout le cinquième plus grand site de la planète qui comptabilise à lui seul 17 millions d’articles dans 270 langues et 400 millions de visiteurs uniques par mois. Un site que chaque internaute a dû utiliser au moins une fois dans sa vie : Wikipédia, l’encyclopédie libre en ligne. A ce site phare s’ajoute encore une bonne dizaine de projets d’envergure internationale comme Wiktionnaire, un dictionnaire universel, Wikisource, une bibliothèque universelle, ou encore Wikimedia Commons, une base de donnée multimédia.

Le manque de visibilité de Wikimédia dans les études sur internet tient au fait que le projet s’est trop ancré sur la philosophie même de l’internet et pas assez dans l’économie, la seule a être reconnue par les financiers aujourd’hui. Un « Wiki » est « un site Web dont les pages sont modifiables par les visiteurs afin de permettre l’écriture et l’illustration collaboratives des documents numériques qu’il contient »[1]. Wikimédia trouve ses origines dans le soutien de pratiques collaboratives et de « peer to peer ». Du coup, sa pérennité est souvent discutée pour deux raisons. La première, c’est que la Wikimedia Foundation, qui gère ces projets, n’est qu’une association qui emploie une cinquantaine de personnes, loin des 1700 employés de Facebook et des 23000 d’employés de Google. L’autre raison, c’est le manque de confiance des scientifiques et professeurs qui critiquent souvent l’utilisation de tels outils, auxquels tout le monde peut contribuer sans grand contrôle.

C’est avec cette image en tête que je me suis rendu le 4 décembre dernier aux rencontres Wikimédia 2010 à l’Assemblée Nationale. Et là, quelle n’a pas été ma surprise de constater que Wikimédia n’est pas un outil alimenté par des geeks boutonneux dont le seul but est de se marrer en divulguant de fausses informations. Puis, petit à petit, m’habituant à l’idée, j’ai même constaté que le projet vit surtout grâce à l’engagement de bénévoles, oubliés des statistiques, mais qui animent la plupart des cellules nationales de la Wikimedia Foundation. Des bénévoles qui s’engagent et partagent leur savoir dans le but de construire une encyclopédie libre et universelle, accessible et compréhensible de tous; des bénévoles qui, à l’image d’Adrienne Alix, ancienne professeur d’histoire-géographie et actuelle présidente de Wikimédia France, défendent l’idéal d’un savoir librement transmis à tous par le biais d’Internet et qui essaient d’améliorer chaque jour le contenu de leurs sites. Alors je me suis interrogé sur cette volonté d’information des internautes, par les internautes, pour les internautes et je me suis demandé si ce n’était pas la meilleure façon de pérenniser un projet et de construire un géant.

Laurent Toustou


[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Wiki

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