2016, année de l’émancipation biologique

La Silicon Valley n’a pas le monopole de l’innovation. Défricheur des avancées dans le numérique, l’observatoire français Netexplo déboulonne ce cliché et dresse un mapping averti des tendances. 2016 a touché à sa fin. Voici un bilan des 12 derniers mois sous le signe de la disruption biologique, un trend d’avenir.

Les laboratoires pharmaceutiques : des partenaires d’innovation …

100 000 : c’est le nombre d’enfants morts en Afrique, en 2015, suite à l’administration de faux antipaludiques. Sur le continent, la situation est à la crise : plus de 60% des médicaments, toutes classes comprises, seraient falsifiés.

Face à ce constat alarmant, le Ministère de la Santé, au Ghana, reconnaît que les produits échappent à la surveillance des autorités. C’est là que la société civile prend le relai !

« L’innovation n’est pas le privilège des startups, indique Julien Lévy, Directeur du Centre Digital d’HEC et intervenant associé à Netexplo. 30% des acteurs de la disruption sont des associations, des ONG, des universités aussi. »

La « petite » société MPedigree de Bright Simons est ainsi venue à la rescousse du Ghana avec un système gratuit et bête comme chou. Son efficacité repose sur l’usage massif du portable en Afrique et, particulièrement, du sms.

Au dos de chaque boîte de médicament vendue, un numéro caché par un rectangle à scratcher authentifie, ou non, sa validité. Il suffit juste d’envoyer ce dernier par sms à MPedigree qui répond automatiquement.

100 marques travaillent en collaboration avec son dirigeant Bright Simons dans un souci de contrôle et de labellisation, garantissant l’efficacité du process. Sans les laboratoires, pas de vérification possible !

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…ou des barrières à l’entrée ?

A l’opposé, ce sont ces intermédiaires puissants dont souhaite se passer Counter Culture Labs, une équipe de biohackers basée à Oakland, aux Etats-Unis.

Dans ce pays, il n’existe pas de générique de l’insuline, un produit très coûteux, et déterminant pour traiter le diabète. Le but de cette équipe de hackers du vivant est donc clair et net : créer un médicament bio-similaire, peu cher et facile d’emploi pour le plus grand nombre.

Donc, passer outre les labos, cadors du système, et parier sur l’open source. Pour ce faire, il faut que chacun soit capable de cultiver des bactéries, dont les gênes ont été modifiées, afin qu’elles produisent de l’insuline. Le corolaire logique est de « court-circuiter l’industrie pharmaceutique », résumé J. Lévy.

Le corps, un ordinateur vivant

« La tendance générale est de sortir la science des laboratoires et de la répandre dans des communautés non-expertes, poursuit-il. L’innovation tend au contrôle sur le vivant. Dans ce contexte, qu’est-ce qui tient du biologique ? Qu’est-ce qui tient de la technologie ? C’est parfois difficile de faire la part des choses.»

C’est le cas d’une innovation de l’ETH de Zürich, digne d’un délire de David Cronenberg ! Pour les chercheurs de cette école polytechnique fédérale, le meilleur disque dur au monde, c’est l’ADN, qui permet d’archiver plus de 300 000 téraoctets de données sur un support dont la durée de vie dépasse les 10 000 ans…

L’innovation tient là au langage commun entre l’informatique et la biologie : le codage qui assure de sécuriser et de lire les données. L’ADN est un support de stockage puissant qui palie les limites des moyens actuels. Avec le vivant, les capacités sont décuplées et l’obsolescence est impossible.

Sauf si le transhumanisme disrupte le corps humain.

Nicolas Bauche

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