Wei or Die : l’intégration par le 2.0

WEI OR DIE Blog 226

Sexe, drogue et interactivité, de quoi mettre tout le monde d’accord sur le succès à venir de Wei or Die, le nouveau film interactif réalisé par Simon Bouisson (Stainsbeaupays, Tokyo Reverse) et co-produit par France Télévisions Nouvelles Ecritures, Cinétévé et Résistance film. Cette fiction d’un nouveau genre emprunte à la fois des codes du « teen-movie » et du thriller social pour proposer une expérience interactive et profondément immersive, au cœur de l’enfer d’un week-end d’intégration. Le Blog 226 était à sa toute première projection à l’occasion du festival I Love Transmedia organisé à la Gaîté Lyrique, en présence de Voyelle Acker (France Télévisions Nouvelles Ecritures), David Bigiaoui (Cinétévé), Simon Bouisson (réalisateur) et Sara Brücker (Résistance Films).

A l’origine du projet, le fantasme d’ubiquité

Ce projet est né il y a trois ans du fantasme du réalisateur Simon Bouisson qui, au cours d’une soirée d’anniversaire, a observé 4 personnes filmer en même temps un instant, celui du gâteau d’anniversaire. Il explique qu’il s’est ensuite imaginé à récolter ces images et les agencer de manière chronologique, pour raconter cette scène autrement, en faisant varier les points de vue, de telle sorte à montrer d’une part la collectivité et de l’autre, l’intimité des petites discussions entre invités. Faire du found-footage en récupérant et en agençant des extraits de vidéos amateurs pour raconter non plus une soirée d’anniversaire mais un week-end d’intégration étudiant, tel est bien l’idée du projet Wei or Die.

Un film interactif qui joue avec les frontières de la narration, mais toujours au service de l’histoire

Wei or Die, c’est l’histoire d’un week-end d’intégration qui dérape suite à la découverte du corps noyé d’un jeune homme au bord d’un étang. Le spectateur est invité à revivre la soirée et à mener l’enquête par le prisme des différents films réalisés sur les smartphones et les caméras des étudiants au cours du week-end.

Ici, l’histoire sert le mode de narration puisque les pièces à conviction, c’est-à-dire toutes les images filmées au cours du « WEI », sont resynchronisées et agencées sur une timeline dans laquelle l’internaute peut naviguer en temps réel. Le spectateur devient alors réalisateur, il peut changer d’une caméra à l’autre pour choisir le meilleur angle, faire son propre montage, décider de tout voir ou au contraire opter pour un visionnage plus lent, plus contemplatif en suivant les personnages qu’il trouve les plus séduisants, intéressants ou suspects. Le premier visionnage ne sera pas le même que le second, ni le troisième ; les possibilités narratives sont immenses et prouvent à quel point l’interactivité rajoute à l’expérience. Mener l’investigation, vivre pleinement l’expérience narrative ou regarder ce film comme un documentaire sur les dessous mystérieux et fascinants de ces « WEI » : chaque spectateur est libre de faire sa propre expérience de visionnage.

Wei or Die blog 226
Aperçu de la timeline de Wei or Die

La force de ce film est d’avoir développé la fiction autant que l’objet interactif. La difficulté, selon Simon Bouisson, était d’imaginer le site et la façon dont le spectateur allait pouvoir passer d’une image à l’autre c’est-à-dire au fond de dé-linéariser un film, sans pour autant perdre le spectateur. L’objet final se présente de manière très intuitive, parfaitement fluide pour l’internaute, presque même addictif puisqu’on se surprend à « ne plus lâcher le clavier » pour changer d’une caméra à l’autre.

Une mise en scène de précision, chorégraphiée et orchestrée à la seconde près

Qui dit nouvelle façon d’écrire, dit aussi nouvelles méthodes de tournage et de réalisation : Wei or Die c’est 90 minutes de fiction tournées en un peu moins de 3 semaines, avec une dizaine de caméras et parfois même 5 à 6 caméras fixes ou mobiles (certaines étant cadrées par les comédiens eux-mêmes) qui tournent en même temps. Comme le souligne le chef opérateur Ludovic Zuili, il fallait « s’assurer que les caméras tournent bien, que les prises soient bonnes et synchronisées, tout en travaillant sur une cohérence de narration, de lumière et d’image ». Cette mise en scène chorégraphiée a été parfaitement maîtrisée puisque l’impression d’immersion et d’ubiquité est totale pour l’internaute.

Du point de vue de l’image, le film joue sur une alternance entre d’une part, de vraies-fausses images amateurs comme le veut la tradition du found-footage et d’autre part, des images très lisses et travaillées, avec quelques séquences clippées en slow motion. Cette alternance, explique le réalisateur, « permet de faire monter la tension dans la film pour contrebalancer les plans séquences moins rythmés », chose que l’on retrouve dans d’autres films utilisant le found-footage comme notamment Projet X. Ces plans très travaillés n’entravent pas pour autant l’effet de réel puisque de fait, les week-ends d’intégration que l’on peut voir sur internet jouent précisément sur cette surenchère de l’image tout en présentant un travail particulièrement appliqué sur la forme. A ce titre, le chef opérateur du film est devenu lui-même comédien et est assumé comme tel puisqu’il est présenté dès le début comme celui qui sera en charge de filmer tout au long du week-end.

Un projet emblématique de la politique éditoriale de France Télévisions Nouvelles Ecritures.

Si on peut s’étonner que le service public n’ait pas émit de censure sur le contenu des scènes (parfois très crues mais de surcroît très réalistes), le caractère novateur et original du projet est quant à lui emblématique de la politique éditoriale de France Télévisions Nouvelles Ecritures. Après 4 années et une centaine de projets mis en ligne, cette fiction d’un nouveau genre illustre parfaitement les aspirations de cette plateforme web qui tend à présenter des projets transmedia « qui poussent plus loin les frontières de la narration, en faisant appel à des technologies nouvelles mais toujours au service de l’histoire », comme l’explique Voyelle Acker. Wei or Die est un véritable ovni dans le paysage audiovisuel qui met à l’honneur l’expérience de l’utilisateur et invente une nouvelle façon d’écrire, de tourner, de produire et de visionner.

L’expérience Wei or Die est à vivre en ligne le 28 octobre !

 

Soline Cuilliere

 

Plus d’informations sur les rencontres « I love Transmedia » : Le numérique, une force de fictions ?

1 commentaire

  1. Excellent article, j’ai fini par me laisser convaincre de regarder ce film grâce à vous. Et je ne suis pas déçu.

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