Interview : Marc Dorcel et la réalité virtuelle

Interview Dorcel OculusRift
Crédit photo : Marc Dorcel

Le Blog 226 s’est vu invité ce mardi 20 octobre 2015 par Marc Dorcel, célèbre maison de production française de films à caractère pornographique, afin de vivre une expérience interactive de réalité virtuelle par le biais de l’Oculus. Si une telle expérience représente une véritable innovation au sein du secteur, il nous a paru intéressant de comprendre la pertinence de son emploi et l’impact actuel des nouvelles technologies sur les secteurs du porno et de l’audiovisuel.
Nous avons ainsi pu interviewer Gregory Dorcel, directeur général du groupe Dorcel.

 

Comment percevez-vous la révolution digitale dans votre secteur ?

Grégory Dorcel : C’est une révolution qu’on a intégré dans notre stratégie dès 2001 avec le lancement de nos premières plateformes VOD. Il s’agit de quelques choses de fantastique, mais qui a aussi ses limites : On peut par exemple mettre en avant les possibilités en termes de communication, de promotion et de diffusion. Néanmoins, en parallèle, on a l’apparition du piratage. La régulation qui est imposée aux supports média classiques comme la télévision ne se retrouve pas forcément sur le web, et les règles actuellement en vigueur ne sont pas toujours équitables entre les différents opérants du secteur.

Trouvez-vous d’autres points positifs ou négatifs ?

La promesse avancée par l’arrivée du digital était que cela permettrait de mettre fin aux monopoles en poussant les indépendants à se développer. C’est pourtant l’inverse qui s’est produit. Si on prend la musique par exemple, le web a été l’une des principales causes de l’effondrement du secteur, avec une difficulté pour les artistes autour du contrôle de leurs œuvres. A coté de cela, les positions dominantes se sont renforcées avec des grandes plateformes de diffusion qui se retrouvent aujourd’hui en situation d’oligopole et la disparition de plusieurs maisons de disques. Il y a donc un phénomène d’hyper-concentration qui se crée et qui est néfaste pour la création ainsi que pour le public qui se retrouve face aux impositions des acteurs dominants. Il y a donc une nécessité d’autorégulation pour repartir sur des bases un peu plus saines.
Pour autant, une entreprise comme la notre peut se féliciter de l’essor du digital qui nous a permis de nous agrandir et d’étoffer notre activité : cela s’explique par une bonne adaptation aux bonnes technologies et aux bons moments. La plupart de nos concurrents de l’époque n’ont pas eu cette chance.

Y a-t-il eu des effets pervers que vous n’aviez pas anticipé ?

On peut faire état du piratage et de son concept qui est difficile à comprendre. Nous avons une vocation à produire un contenu de qualité que les gens veulent consommer et notre rétribution dépend de son achat. Dès lors qu’il y a un vol ou un détournement de ce contenu pour en faire du commerce cela devient problématique. La société avait pour habitude de considérer que les pirates étaient une forme moderne de Robin des Bois, en réalité, il s’agit surtout d’acteurs faisant des chiffres d’affaires colossaux avec la monétisation de l’audience que génère leur activité. Le cas de MegaUpload reste le plus emblématique. Il y a des sources de financement de plusieurs entreprises qui sont captées, il faut donc se battre contre les nouveaux supports pirates. On regrette que les pouvoirs publics mettent du temps à s’adapter à ces nouveaux problèmes.
L’enjeu central se situe surtout autour des jeunes générations qui ne doivent pas habituer à ces modèles et qui doivent comprendre que derrière une œuvre (musicale ou audiovisuelle), il y a un travail, un investissement qui doit être rémunéré. Il y a toutefois encore des consommateurs qui sont prêts à payer les producteurs pour leurs contenus à condition que ceux-ci soit de qualité.

dorcel blog 226Dorcel Blog 226

 

 

 

 

Dorcel a toujours été un innovateur, avec ici l’exemple de l’emploi de la réalité virtuelle. Pensez-vous que ce modèle puisse s’adapter à d’autres industries audiovisuelles ?

Sur certaines formes oui, en revanche, les modes de diffusion sont différents dans le cinéma traditionnel, ou sur l’entertainment traditionnel. Le X a toujours été à l’avant-garde des nouvelles technologies, des nouveaux moyens de communication etc. Nous avons peu de contraintes, donc nous pouvons nous concentrer d’avantage sur le ressenti du consommateur. Pour l’instant, la réalité virtuelle ne constitue pas réellement un levier de croissance, son principal objectif est de créer une nouvelle forme de divertissement et de donner accès à de nouvelles sensations pour nos clients. Peu de producteurs utilisent ces nouvelles technologies. Ils attendent la véritable création d’une demande pour offrir. Nous nous avons fais le choix inverse, qui consiste à développer l’offre pour amener la demande.

Avez-vous anticipé d’autres types d’innovation dans votre secteur ?

Beaucoup de technologies sont apparues, mais notre intérêt reste essentiellement leur impact sur l’expérience-clients. La HD par exemple parle moins au public que la réalité virtuelle.

Le Porno peut-il générer des emplois constants avec le numérique ?

Pas nécessairement, nous intégrons beaucoup de nouvelles technologies, mais nous restons une petite industrie compte tenu de notre position d’acteur hors norme, mais nous sommes toujours ouverts, chez Dorcel, à de nouvelles candidatures.

 

Charlie Kiman et Amaury Tiacoh

 

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE