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Aux assises du numérique : la Ville massivement connectée

Regroupant des acteurs des collectivités publiques et des entreprises digitales, le débat qui s’est tenu jeudi 29 novembre 2012 aux Assises du numérique au sujet des Smart cities a mis l’accent sur le potentiel économique du numérique comme vecteur de croissance.

Eric Legale, animateur de la table ronde « Smart city : la Ville massivement connectée » définit la Smart city comme une ville astucieuse. La ville dite intelligente valorise le patrimoine et optimise les flux de circulation et la consommation énergétique en faisant appel à des acteurs des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) comme CISCO, leader mondial des réseaux, dont Patrick Anghert, Directeur du marketing et du développement stratégique, présente les enjeux. Pour Cisco France, il s’agit de réfléchir, avec les collectivités territoriales, à des solutions innovantes pour tirer profit des infrastructures et « être mobile dans la ville de demain ». Cet objectif, Karine Le Chenadec, Directrice du Département Développement Numérique des Territoires de la Caisse des Dépôts, le partage. Selon elle, le numérique est un facteur d’attractivité qui permet de maximiser les ressources des territoires et favorise le développement de nouveaux business models.

Actif dans le déploiement de la fibre optique, Cisco s’interroge également sur la monétisation des services. Une problématique reprise par Guy Lacroix, Président de Cofély-Inéo, qui s’est pour sa part félicité d’un retour sur investissement rapide en matière d’efficacité énergétique. Prenant pour exemple l’éclairage public modernisé, il révèle une économie de 56 à 60% grâce au développement des TIC. Un constat similaire est effectué à Issy les Moulineaux où la mise en place d’un réseau intelligent (Smart grid), qui permet d’optimiser la production et la consommation d’électricité, participe à une réduction des impôts locaux à hauteur de 20%.

Le sociologue Marco Diani, nuançant le propos, appelle quant à lui à s’interroger sur la pertinence des investissements effectués. Il affirme qu’il existe une « surdité sociale et technologique » face aux TIC. Ainsi, il pointe du doigt un certain décalage entre le comportement des citoyens « qui ne font pas forcément ce que l’on pensait qu’ils fassent » et les prévisions des experts en TIC qui définissent des espaces sociaux connectés et mutualisant un nombre croissant de services. Si la question de la rentabilité des investissements fait débat, l’apport des TIC en termes de compétitivité a trouvé pour sa part un large écho dans l’assemblée.

La Smart city au service de la compétitivité

Jean Paul Delevoye, Président du Conseil Economique Social et Environnemental, fait état de 750 000 postes créés par le numérique. Reprenant à son compte un proverbe africain, il remarque que l’« on entend toujours le bruit des arbres qui tombent, jamais celui des arbres qui poussent ». Il s’agit donc de définir une économie nouvelle, susceptible de répondre aux trois enjeux que sont la précarité, l’emploi et les biens immatériels.

En ce qui concerne la précarité, il se prononce en faveur d’une économie collaboratrice construite autour des valeurs d’échange et de partage, permettant d’assurer aux citoyens un confort de vie et un épanouissement satisfaisant dans une économie dont le taux de croissance en Europe avoisine les 1 à 2 points.

En matière d’emploi, le développement de télécentres dans de nombreuses régions françaises témoigne d’une volonté de mutualiser les infrastructures pour gagner en compétitivité. Un consortium formé par la Caisse des Dépôts et fédérant des acteurs comme Orange, CISCO ou encore Nexity œuvre en ce sens. Cette initiative, qui a pour but de regrouper au sein d’une même enceinte des télétravailleurs afin qu’ils bénéficient de plateformes aménagées se retrouve, selon Marco Diani, dans les pays émergents. A Lagos en Guinée ou encore à Conakry au Nigéria, les télécentres apparaissent comme un moyen de réduire la fracture numérique, facteur d’inégalités entre les zones urbaines et rurales.

Les biens immatériels contribuent eux aussi à cette dynamique. Les réseaux sociaux notamment favorisent la formation d’initiatives citoyennes. Ainsi, à Bordeaux, une page Facebook de bourse à l’emploi met en relation près de 5000 internautes. Une étude réalisée par Deloitte montre que Facebook est un levier économique majeur. Source de croissance et d’emploi, il aurait généré 22 000 emplois en 2011.

La Smart city moteur d’engagement citoyen

« L’innovation a précédé l’usage », affirme Anne-Sophie Bordry, Directrice des Affaires publiques France et Europe du Sud de Facebook. Les populations se sont approprié, au niveau global comme au niveau local, les services déployés sur les réseaux sociaux. Les dispositifs de géolocalisation ont contribué à l’apparition de communautés d’intérêt auxquelles les collectivités locales ont répondu en offrant des services de proximité. Si Facebook facilite l’accès à l’information, il témoigne aussi d’un véritable intérêt des populations pour leur territoire. Les habitants des communes, aussi petites soient-elles, agissent sur Facebook pour faire entendre leurs volontés ; les Touaregs, dispersés en Algérie, en Lybie ou encore au Burkina Faso se retrouvent unis et actifs sur les réseaux sociaux.

Ces nouveaux usages sont pour Anne-Sophie Bordry le fruit d’une prise de conscience qui s’est généralisée à la suite des révolutions du Printemps arabe. Les citoyens se révèlent codécideurs des actions publiques. Ils se regroupent, interagissent et réagissent, ce qui a pour conséquence de redéfinir les structures sociales et de créer des nouveaux modes de participation à la démocratie. Comme le souligne Eric Legale, autrefois « administré », l’ « usager » s’est mû en « citoyen » pour aujourd’hui apparaître comme un « ami » des collectivités publiques.

Un « ami » qui est aussi sollicité par le gouvernement pour relayer des informations dans le cadre d’actions gouvernementales innovantes telles que le plan d’alerte enlèvement sur Facebook.

Elsa Forin

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